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SOUVENIRS
Sur l’original, il est signé:
/-/L’abbé Michel Sopocko Confesseur
de soeur Faustine
MES SOUVENIRS DE SOEUR FAUSTINE
KOWALSKA
Il y a des vérités que l’on connaît, dont on
parle souvent, mais que l’on ne comprend pas
et desquelles on ne vit pas. Il en était de même pour moi, en ce
qui concerne la vérité sur
la Miséricorde Divine. Tant de fois j’ai réfléchi à cette vérité
dans les méditations, surtout pendant les retraites, tant de fois j’ai
mentionné cette vérité dans les homélies et je la répétais aussi dans
les prières de l’Eglise, mais je n’entrais ni dans son contenu
ni dans sa signification pour la vie spirituelle; et, comme à l’époque
je ne comprenais pas cette vérité, je n’étais pas d’accord sur le fait
que la Miséricorde était un attribut suprême du Créateur et du Rédempteur.
Il fallait qu’une âme simple et sainte, unie étroitement à Dieu,
je le crois, guidée par une inspiration divine m’en parle et me pousse
à étudier, à analyser et à réflechir sur ce sujet.
Cette âme, c’était soeur Faustine (Hélène Kowalska) de la
Congrégation des Soeurs
de Notre-Dame de la Miséricorde. C’est grâce à soeur Faustine que
je considère aujourd’hui
le culte de la Miséricorde Divine et particulièrement l’institution
de la fête de la Miséricorde Divine, le premier dimanche après
Pâques, comme l’un des buts essentiels de ma vie.
J’ai rencontré soeur Faustine en été (au mois
de juillet ou d’août 1933) comme pénitente
dans la Congrégation des Soeurs de Notre-Dame de la Miséricorde à
Vilnius, Lituanie
(rue Senatorska 25) où j’étais confesseur oridinaire. Elle a attiré
mon attention par sa subtilité de conscience et par son union étroite
avec Dieu. Le plus souvent, il n’y avait pas de matière
à l’absolution, jamais elle n’offensa Dieu par un péché grave.
Dès le début elle m’a déclaré qu’elle me connaissait depuis longtemps
par une vision
et que je devais être son directeur spirituel et réaliser certains
projets de Dieu qui seraient transmis par elle. Je n’ai attaché aucune
importance à ce qu’elle m’avait dit. Je l’ai ainsi exposée à
une épreuve suite à laquelle elle s’est mise à chercher
un autre confesseur.
Au bout d’un certain temps, elle est revenue en disant qu’elle était prête
à tout supporter mais qu’elle ne me quitterait plus. Je ne peux
pas répéter tous les détails de notre conversation, relatés, en partie,
dans le Petit Journal. Elle avait commencé à écrire le Petit
Journal suite
à mon conseil parce que je lui avais défendu de me parler de ses
expériences intérieures pendant la confession.
En apprenant à mieux la connaître, j’ai
constaté que les dons de l’Esprit Saint agissaient
en elle secrètement, bien que, dans certains moments ces dons se
manifestaient à l’extérieur,
à travers l’intuition, qui envahissait son âme, éveillant en elle
des élans d’amour, des actes
de sacrifice héroïques et élévés et de reniement de soi. Les dons
de connaissance, d’intelligence et de sagesse grâces auxquels soeur Faustine
percevait la vanité des choses terrestres et l’importance de la souffrance
et de l’humiliation se manifestaient particulièrement; elle étudiait
simplement les attributs de Dieu et surtout Sa Miséricorde infinie.
Parfois encore, elle contemplait une lumière inaccessible qui la
rendait heureuse.
Elle fixait son regard sur cette lumière d’où se dégageait
la silhouette du Christ dans la position de la marche, bénissant le monde
de la main droite et de la main gauche ouvrant sa tunique
au niveau du coeur; de la tunique entrouverte sortaient deux rayons, blanc
et rouge.
Il lui arrivait d’avoir ce genre de visions, sensibles et intellectuelles
depuis quelques années. Elle entendait des paroles surnaturelles perçues
par l’ouîe, l’imagination et la raison.
Craignant une illusion et une hallucination,
je me suis adressé à la Supérieure, Mère Irène, pour
qu’elle me dise qui était soeur Faustine et de quel estime elle jouissait
dans
la congrégation et auprès des soeurs. J’ai demandé également de
faire analyser sa santé psychique et physique. Après avoir reçu
des réponses en sa faveur, à tous égards, je continuais, malgré
tout, à rester attentif. Je doutais, je réfléchissais, je priais
et j’analysais. Sans trahir l’identité de soeur Faustine, j’ai pris conseil
auprès de prêtres sages pour savoir que faire.
Je voulais vérifier ces soit-disant
ordres fermes du Seigneur Jésus demandant de peindre
le tableau Le représentant tel qu’elle Le voyait et d’instituer la fête
de la Miséricorde Divine,
le premier dimanche après Pâques. Enfin, guidé davantage par la
curiosité de savoir comment allait être ce tableau que par la foi
en la véracité de ces visions, j’ai demandé de tout arranger et de faire
peindre le tableau. Je me suis arrangé avec un peintre, Eugène
Kazimirowski,
qui habitait la même maison que moi et qui a accepté de peindre
le tableau contre une certaine somme d’argent. Je me suis arrangé également
avec la mère supérieure qui a permis à soeur Faustine de
venir deux fois par semaine chez le peintre pour lui indiquer comment
devait être le tableau.
Le travail a duré quelques mois et, enfin, en
juin ou en juillet 1934, le tableau a été terminé. Soeur Faustine s’est
plainte que sur le tableau Jésus ne soit pas aussi beau que comme elle
le voyait, mais le Seigneur l’a rassurée et lui a dit que c’était suffisant,
puis Il a ajouté:
Je donne aux hommes un vase avec lequel ils doivent venir puiser
les grâces à la source
de la Miséricorde. Ce vase, c’est ce tableau avec l’inscription: Jésus,
j’ai confiance en Toi.”
(voir tableau)
Au début, soeur Faustine ne savait pas expliquer
ce que voulaient dire les rayons sur
le tableau. Quelques jours plus tard elle a dit que le Seigneur Jésus
le lui avait expliqué dans la prière: Ces
deux rayons indiquent le Sang et l’Eau: le rayon pâle signifie l’Eau,
qui justifie
les âmes; le rayon rouge signifie le Sang, qui est la vie des âmes. Ces
deux rayons jaillirent des entrailles de Ma Miséricorde, alors que Mon
Cœur, agonisant sur la croix, fut ouvert par la lance. Ces rayons
protègent l’âme de la colère de Mon Père. Heureux,
celui qui vivra dans leur ombre, car la Main Juste de Dieu ne l’atteindra
pas (…) Je promets que l’âme qui honorera cette image
ne sera pas perdue.
Je lui promets aussi la victoire sur ses ennemis d’ici-bas, et spécialement
à l’heure de la mort.
Moi-même, Je la défendrai comme ma propre gloire (…) Je désire que
le premier dimanche après Pâques soit la Fête de la Miséricorde
(…) Toute âme qui se confessera et communiera, recevra
le pardon complet de ses péchés et la remise de leurs peines. (…) L’humanité
ne trouvera pas
la paix tant qu’elle ne se tournera pas avec confiance vers ma Miséricorde.
Avant de venir comme un Juge équitable, Je viens d’abord comme Roi de
Miséricorde pour que personne ne puisse
dire au jour du jugement, qui n’est pas loin…
Comme ce tableau contenait un message nouveau,
je ne pouvais pas l’installer dans l’église sans avoir demandé l’autorisation
à l’archevêque. J’avais honte de le lui demander et surtout
d’expliquer son origine.
C’est soeur Faustine qui m’a averti des difficultés qui devaient m’arriver
(liées à mon séjour dans cette église) et, effectivement, certains
événements extraordinaires se développaient assez rapidement.
Soeur Faustine exigeait que j’installe le tableau
dans l’église mais je n’étais pas pressé.
Enfin, durant la Semaine Sainte de 1935 elle a déclaré que le Seigneur
Jésus exigeait que j’installe le tableau durant trois jours à la
chapelle de la Porte de lAurore (Ausros Vartai),
où l’on devait célébrer le Triduum pascal pour clore le Jubilé
de la Rédemption. Cette célébration devait avoir lieu le dimanche in Albis,
prévue pour être la Fête de la Miséricorde Divine.
Peu après, j’ai appris qu’en effet, un
tel Triduum devait avoir lieu. Le curé de la chapelle de la Porte de lAurore,
le chanoine St. Zawadzki m’a demandé de prêcher. J’ai accepté à
condition qu’on y installe le tableau de Jésus Miséricordieux, comme décoration,
dans la fenêtre
de la chapelle où il faisait une grande impression et retenait
l’attention de tout le monde,
plus que le tableau de la Mère de Dieu.
Après cette célébration, le tableau a
été remis là où il restait caché avant et pour deux
ans encore. Seulement le 1 avril 1937, j’ai demandé à son excellence
archevêque de Vilnius l’autorisation de l’installer dans l’église
Saint-Michel, dont j’étais recteur à l’époque.
Son excellence l’archevêque de Vilnius
m’a dit qu’il ne voulait pas prendre la décision seul.
Il a recommandé à la commission organisée par le chanoine Adam
Sawicki, chancelier de l’archevêché, d’examiner le tableau. Le 2
avril, le chancelier a ordonné de mettre le tableau dans la sacristie
de l’église Saint-Michel car il ne savait pas à quelle heure il
allaît être examiné. Pris par le travail au séminaire et à
l’université, je n’étais pas présent lors de l’expertise du tableau et
je ne sais pas qui faisait partie de la commission. Le 3 avril 1937, l’archevêque
de Vilnius m’a informé qu’il possédait des informations exactes concernant
le tableau : il m’autorisait à le bénir et à le suspendre
dans l’église sous réserve de ne pas l’installer au-dessus de l’autel
et de ne parler à personne de son origine.
Le même jour, le tableau a été béni et
installé près du grand autel, du côté de la lecture,
d’où on l’emmenait quelquefois à la paroisse de Saint François
(rue Bernardynska) à l’occasion de la procession de la Fête
Dieu pour l’installer sur l’un des autels préparés pour cette occasion.
Le 28 décembre 1940 les soeurs barnardines l’ont transféré dans un autre
endroit. C’est alors que le tableau a été légèrement endommagé.
En 1942 lorsque les soeurs ont été arrêtées par l’occupant allemand,
le tableau a regagné son lieu précédent, à côté du grand autel
où il se trouve aujourd’hui, entouré d’une grande vénération des
fidèles et décoré
de nombreux ex-voto.
Quelques jours après le Triduum à
la Porte de lAurore, soeur Faustine m’a raconté ce qu’elle avait
vécu durant ces célébrations. Elle l’a décrit en détail dans le Petit
Journal. Ensuite,
le 12 mai elle a vu en esprit le Maréchal Pilsudski agonisant dans de
grandes souffrances. Le Seigneur Jésus lui aurait montré cela et dit:
„Regarde comment finit la grandeur de ce monde”.
Elle a vu ensuite son jugement et lorsque je lui ai demandé comment cela
s’était fini, elle m’a répondu: „Je crois que
la Miséricorde Divine a gagné grâce à l’intercession de la Mère
de Dieu.”
Peu après ont commencé les difficultés
prédites par soeur Faustine (en relation avec mon séjour à l’église
Saint Michel) et elles ont continué à s’intensifier. Enfin, en
janvier 1936,
elles sont arrivées à un point culminant.
Je ne parlais à personne de ces difficultés.
Ce n’est que le jour critique, que j’ai demandé
à soeur Faustine de prier. A mon grand étonnement, le jour-même,
les difficultés se sont dissipées comme une bulle de savon et soeur Faustine
m’a dit qu’elle avait pris sur elle toutes mes souffrances et, le jour-même,
elle a souffert comme jamais auparavant. Lorsque, ensuite, elle a demandé
au Seigneur Jésus de l’aider, elle a entendu: „C’est
toi-même qui t’es offerte
à ces souffrances en sa faveur et maintenant tu as peur ? Je ne
t’ai accordé qu’une partie
de ses souffrances.”
Là, elle m’a dit avec une grande précision
la cause de mes difficultés qui lui ont été probablement communiquées
de façon surnaturelle. Cette précision fut frappante,
d’autant plus qu’elle ne pouvait pas connaitre d’elle-même les détails.
Des cas similaires
se sont reproduits plusieurs fois.
En 1936, à la mi-avril, sur l’ordre de
la Supérieure Générale, soeur Faustine est partie pour Walendow et ensuite
pour Cracovie. En ce qui me concerne, j’ai commencé à réfléchir
plus sérieusement sur la Miséricorde Divine et à chercher chez
les Pères de l’Eglise une confirmation que la Miséricorde Divine
est le plus grand attribut de Dieu, comme le disait
soeur Faustine, car chez les théologiens contemporains je n’ai rien trouvé.
Avec une grande joie j’ai trouvé cette expression chez saint Fulgence,
saint Ildefonse,
et surtout chez saint Thomas d’Aquin et chez saint Augustin, ce dernier,
en expliquant
les psaumes, s’attardait longuement sur la Miséricorde Divine en l’appelant
le plus grand attribut de Dieu”. Alors, je n’eus plus de
doutes quant aux révelations surnaturelles de soeur Faustine. J’ai commencé,
de temps à autre, à écrire des articles sur
la Miséricorde Divine pour des revues théologiques justifiant scientifiquement
et liturgiquement le besoin d’instituer la Fête de la Divine Miséricorde,
le premier dimanche après Pâques.
En juin 1936, j’ai publié à Vilnius la
première brochure intitulée La Miséricorde Divine avec,
sur la couverture, l’image de Jésus Miséricordieux. J’ai envoyé cette
première publication surtout aux évêques réunis à
la conférence de l’épiscopat à Czestochowa, mais je n’ai eu aucune
réponse. En 1937, j’ai publié une deuxième brochure intitulée Miséricorde
Divine
dans la liturgie, dont j’ai trouvé la critique, plutôt positive, dans
quelques revues théologiques. J’ai fait mettre également quelques articles
dans les journaux de Vilnius mais je n’ai jamais révélé que soeur Faustine
en était „causa movens”
En août 1937, je lui ai rendu visite à
Lagiewniki et j’ai trouvé dans le Petit Journal la Neuvaine
à la Miséricorde Divine qui m’a beacoup plu. A la question d’où
venait cette neuvaine,
elle m’a répondu que c’était le Seigneur Jésus qui la lui avait dictée.
Auparavant, le Seigneur lui a enseigné le chapelet à la Miséricorde
Divine ainsi que d’autres prières que j’ai décidé
de publier. Sur la base de certaines expressions, contenues dans ces prières,
j’ai composé
la litanie de la Miséricorde Divine que j’ai donnée au père Cebulski
(Cracovie, rue Szewska 22) avec le chapelet et la neuvaine, dans le but
d’obtenir l’Imprimatur de l’archevêché de Cracovie en mettant l’image
de Jésus Miséricordieux sur la couverture.
L’archevêché de Cracovie m’a donné l’Imprimatur
pour le Numéro 671 et, en octobre, cette neuvaine avec le chapelet et
les litanies sont apparues sur les rayons de librairies. En 1939,
j’ai fait venir un certain nombre de ces images et de ces neuvaines à
Vilnius. Quand la guerre
a éclaté et que l’armée russe a envahi Vilnius (le 19 septembre 1939)
j’ai demandé à l’archevêque de Vilnius l’autorisation de
diffuser tout cela avec une information sur l’origine
de l’image, ce pour quoi j’ai reçu un accord tacite.
C’est alors que j’ai commencé à répandre le culte privé du tableau
(pour lequel j’ai également reçu un accord tacite), ainsi que les prières
composées par soeur Faustine et approuvées
par l’archevêché de Cracovie.
Lorsque le tirage imprimé à Cracovie a
été épuisé, j’ai été obligé de copier ces prières
sur une machine, et lorsque je n’arrivais pas à travailler assez
vite par rapport à la demande, j’ai demandé à l’archevêché
de Vilnius l’autorisation pour une réimpression, en ajoutant
sur la première page les explications sur la nature du tableau.
J’ai l’ai reçue, signée par le censeur, le prélat Léon Zebrowski, le 6.02.1940,
par l’Évêque Suffragant, Casimir Michalkiewicz et par le notaire
de l’archevêché, le père J. Ostrewki le 7.02.1940. Ceci pour
le numéro 35. Je tiens à souligner que je ne savais pas si l’imprimatur
allait être signé ni par qui et je n’ai pas eu de conversation sur
ce sujet avec l’évêque Suffragant, décédé quelques semaines plus
tard Le prélat, père Zebrowski, en tant que
censeur, a fait dans le texte imprimé à Cracovie quelques corrections
de style.
Cependant, la plus grande partie de fidèles
préférait laisser le texte sans aucune modification. C’est pourquoi, avec
l’accord du censeur, je me suis adressé à nouveau à l’Archevêché
(déjà après la mort de l’Evêque Suffragant) en demandant
l’approbation des ces prières sans corrections. Le notaire, père
J. Ostrewko a présenté la demande à l’Archevêque qui m’a
fait répondre par le même notaire que je devais profiter de l’approbation
signée par l’évêque défunt, ce que j’ai fait. Je m’étends sur cet
évenement parce que, plus tard on a commencé
à dire (dans les sphères officielles) que j’ai obtenu cette
approbation par une ruse.
Encore à Vilnius, soeur Faustine disait
qu’elle se sentait poussée à quitter la Congrégation
de Notre-Dame de la Miséricorde pour fonder une nouvelle congrégation
religieuse.
J’ai pris cet empressement pour une tentation et lui ai conseillé de ne
pas le prendre
au sérieux. Plus tard, dans les lettres qu’elle m’a écrites de Cracovie,
elle continuait
de me parler de cet empressement. Enfin, elle a reçu l’autorisation de
son confesseur
et de sa Supérieure, à condition que je sois d’accord.
Craignant d’assumer la responsabilité de cette affaire, je lui ai répondu
que je serais d’accord
si son confesseur de Cracovie et sa Supérieure Générale, non seulement
l’autorisaient à partir mais lui ordonnaient de quitter la congrégation.
Soeur Faustine n’a pas reçu un tel ordre.
Cela l’a calmée et elle est restée dans la congrégation jusqu’à
sa mort.
Je suis allé la trouver dans la semaine, et entre
autres choses j’ai parlé avec elle de cette congrégation qu’elle voulait
fonder alors qu’elle mourait, en soulignant que c’était une illusion,
comme toutes les autres choses dont elle parlait. Sœur Faustine a
promis d’en parler avec
le Seigneur Jésus pendant sa prière. Le lendemain pendant que je
célébrais la Sainte Messe
à son intention il m’est venu à l’idée que, incapable de
peindre ce tableau, elle avait seulement donné des indications pour le
réaliser, de même elle ne serait pas capable de fonder une nouvelle
congrégation et ne faisait que donner des indications de base. En revanche,
la hâte
à vouloir la fonder signifiait l’urgente nécessité de créer cette
nouvelle congrégation pour les temps terribles à venir.
Ensuite, quand je suis arrivé à l’hôpital
et que je lui ai demandé si elle avait quelque chose
à me dire à ce sujet, elle m’a répondu qu’elle n’avait besoin
de rien dire car le Seigneur Jésus m’avait illuminé pendant la Sainte
Messe. Peu après elle a ajouté que je devais principalement m’occuper
de l’établissement de la fête de la Miséricorde Divine, le premier
dimanche après Pâques, que je ne devais pas m’occuper de la nouvelle
congrégation, que j’allais reconnaitre par quelques signes quelle personne
devait s’en occuper et ce qu’elle devrait faire.
Elle m’a dit aussi que dans l’homélie que j’avais
prêchée ce jour-là à la radio, l’intention
n’était pas pure (effectivement, c’était vrai), et que je devais surtout
rechercher dans cette affaire concernant la congrégation, la pure intention.
Elle a dit encore qu’elle voyait les six candidates
pour cette congrégation prononcer leurs voeux, devant moi, la nuit, dans
une petite chapelle en bois, qu’elle allait mourir bientôt
et qu’elle a déjà tout dit et écrit ce qu’elle avait à dire
et écrire. Un peu avant, elle m’a décrit l’église et la maison de la première
congrégation et elle a déploré le sort de la Pologne
qu’elle aimait tant et pour laquelle elle priait souvent.
Suivant le conseil de saint Jean de la Croix,
je traitais tout ce que disait soeur Faustine plutôt avec un certain détachement
et ne lui demandais pas de détails. Je ne lui ai donc pas demandé quel
sort était réservé à la Pologne, quand elle plaignait sa pauvre
patrie. Elle-même, ne m’a pas dit ce qui allait arriver, mais en
poussant un soupir, elle s’est caché le visage par peur
de la vision, qu’elle avait probablement eue.
Presque tout ce qu’a prédit soeur Faustine à
propos de cette congrégation s’est accompli avec la plus grande précision.
Par exemple, lorsque je recevais à Vilnius le 16 novembre 1944
les vœux privés des six premières candidates dans une chapelle
en bois chez les sœurs carmélites, (voir
Congrégation)
ou lorsque trois ans plus tard je suis arrivé à la première
maison de cette congrégation à Mysliborz (Pologne), j’ai été étonné
de voir une similitude frappante avec
ce que m’avait dit Sur Faustine (voir Sanctuaire).
Elle avait prédit également, assez en détail, les difficultés et même
les persécutions auxquelles je devais être confronté pour la propagation
du culte de la Miséricorde Divine et à cause de mes efforts pour
instituer la fête portant ce nom le premier dimanche après
Pâques (il m’était plus facile de supporter tout cela sachant que telle
était la volonté de Dieu dès le début).
Le 26 septembre, elle a prédit que dans dix jours
elle allait mourrir et, le 5 octobre elle
est décédée. Faute de temps, je n’ai pas pu me rendre à son enterrement.
QUE PENSER DE SOEUR FAUSTINE ET DE SES REVELATIONS?
Du point de vue de la
disposition naturelle, elle était une personne équilibrée, sans
une ombre de psychonévrose ni d’hystérie. Le naturel et la simplicité
caractérisaient sa relation tant avec les soeurs dans la congrégation
qu’avec des personnes étrangères. Il n’y avait en elle ni artifice
ni théâtralité, aucun „faire semblant”, ni aucune envie d’attirer l’attention.
Au contraire,
elle faisait des efforts pour ne pas se distinguer des autres. De ces
expériences intérieures
elle ne parlait à personne sauf à son confesseur et à
ses Supérieures.
Sa sensibilité était normale, tenue de court par la volonté, sans manifester
facilement quelques humeurs variables ou émotion. Elle ne cédait ni à
la dépression psychique ni à l’énervement dans les échecs qu’elle
supportait calmement en se confiant à la Volonté Divine.
Du point de vue intellectuel,
elle était prudente et se distinguait par un sain jugement
des choses bien qu’elle n’eût reçu presque aucune éducation: elle
ne savait qu’à peine écrire et lire. Elle donnait des conseils
justes à ses compagnes lorsqu’elles se tournaient vers elle. Quelquefois,
pour la mettre à l’épreuve je lui soumettais certains problèmes
qu’elle résolvait très justement. Son imagination était très
riche mais pas exaltée. Souvent, elle ne savait pas faire la différence
entre l’action de son imagination et l’action surnaturelle, surtout quand
il s’agissait de se souvenir du passé. Lorsque je le lui ai fait remarquer
et ordonné de souligner dans le Petit Journal seulement ce qu’elle
pouvait jurer ne pas venir de son imagination
– elle a supprimé beaucoup de ses anciennes notes.
Du point de vue moral,
elle était très sincère, sans exagération ni ombre de mensonge:
elle disait toujours la vérité, bien que, parfois cela lui soit désagréable.
En 1934, en été,
j’ai été absent pendant quelques semaines et soeur Faustine ne se confiait
à personne.
Après mon retour, j’ai appris qu’elle avait brûlé son Petit
Journal dans les circonstaces suivantes: Il parait qu’un Ange lui
était apparu et lui avait ordonné de tout jeter dans le four,
en lui disant : Tu
écris des bêtises. Tu te mets en péril et tu fais courir
aux autres des risques
de tracas. Que t’apporte la Miséricorde? Pourquoi perds-tu ton temps à
écrire des rêveries !
Brûle tout cela et tu te sentiras en paix et plus heureuse !.
Soeur Faustine n’avait personne à qui demander conseil et quand
la vision est revenue,
elle a exécuté l’ordre de ce soit-disant Ange. Peu après, elle
s’est rendu compte qu’elle avait mal agi. Elle m’a tout raconté et a executé
mon ordre de tout réécrire.
Du point de vue des vertus
surnaturelles, elle progressait de manière considérable.
Il est vrai que dès le début, je percevais en elle la vertu de
chasteté, l’humilité, le zèle, l’obéissance,
la pauvreté et un grand amour pour Dieu et pour son prochain. Cependant,
on pouvait constater leur progression constante. Surtout, à la
fin de sa vie, son amour pour Dieu a grandi, ce qu’elle a révélé dans
ses poèmes. Aujourd’hui, je ne me les rappelle pas exactement,
mais je me souviens que j’étais émerveillé par leur contenu (pas par la
forme) lorsque je les lisais en 1938.
Une fois, j’ai vu soeur Faustine en extase. C’était
le 2 septembre 1938 lorsque je lui ai rendu visite à l’hôpital
de Pradnik et lui ai fait mes adieux pour ensuite partir à Vilnius.
Sorti de sa chambre, ayant fait quelques pas, je me suis rappelé que je
devais lui remettre quelques dizaines d’exemplaires, imprimés à
Cracovie, des prières qu’elle avait composées (neuvaine, litanies,
le chapelet) sur la Miséricorde Divine. Je suis donc retourné pour les
lui remettre.
Quand j’ai ouvert la porte de sa chambre, séparée des autres chambres,
je l’ai vue noyée dans la prière, dans une position assise mais
presque suspendue au-dessus du lit. Son regard était fixé sur un objet
invisible, prunelles légèrement dilatées. Elle n’a pas remarqué
que j’étais entré. Ne voulant pas la déranger, j’envisageais de reculer ;
peu après, quand elle est revenue à elle, elle m’a aperçu
et m’a demandé de l’excuser de n’avoir ni entendu qu’on frappait
à la porte, ni vu mon entrée.
Je lui ai remis ces prières et l’ai saluée;
elle m’a dit „Au revoir au Ciel !” Lorsque, ensuite,
le 26 septembre je lui ai rendu visite pour la dernière fois à
Lagiewniki, elle ne voulait plus
ou plutôt ne pouvait pas me parler car, a-t-elle dit: Je
suis occupée par mon union avec Dieu. Effectivement, elle
donnait l’impression d’un être surnaturel. Je n’avais plus alors
aucun doute sur la véracité de ce qui était écrit dans le Petit Journal
sur la sainte communion qui lui avait été apporté à l’hôpital par
un Ange.
En ce qui concerne l’objet des révélations de
soeur Faustine, il n’y a rien qui soit contraire
ni à la foi ni aux bons usages, ni qui soit l’objet des opinions
controversées de théologiens.
Au contraire, tout tend à une meilleure connaissance de Dieu et
à un plus grand amour pour Lui. Le
tableau a été réalisé artistiquement et représente un acquis précieux
dans l’art religieux moderne (protocole de la commission
chargée de l’estimation et de la conservation du tableau de Jésus Miséricordieux,
à l’église Saint-Michel à Vilnius, du 27 mai 1941, signé
par les experts, professeur de l’histoire de l’Art, docteur M. Morelowski,
professeur du dogme, docteur et père
L. Puchaty et par le restaurateur docteur et père P. Sledziewski).
Le culte de la Miséricorde Divine (privé, sous
la forme de la neuvaine, du chapelet et des litanies) non seulement ne
contredit pas les dogmes et la liturgie mais il tend à expliquer
des vérités de foi et à démontrer ce qui, jusqu’à présent,
était juste ébauché. Il tend à mettre en exergue et à présenter
au monde entier ce dont avaient parlé les Pères de l’Eglise, ce
que voulait dire l’auteur de la liturgie et ce que la grande misère
humaine réclame aujourd’hui.
L’intuition d’une simple religieuse, connaissant
à peine le catéchisme, dans les choses aussi subtiles et aussi
justes, correspondant à la psychologie de la société d’aujourd’hui,
ne peut pas être expliquée autrement que par une action surnaturelle
et par l’illumination. De nombreux théologiens, après de longues
études, ne sauraient pas résoudre ces difficultés aussi justement que
l’avait fait sœur Faustine.
Il est vrai qu’à l’action surnaturelle dans
l’âme de sœur Faustine se mêlait parfois l’action de son imagination
humaine, assez vive. Par conséquent, certaines choses ont été inconsciemment
et légèrement transformées. Mais cela est arrivé chez toutes les
personnes de ce genre, comme
le prouvent les biographies de sainte Brigitte, d’Anne Catherine Emmerich,
de Marie de Zgreda, de Jeanne d’Arc etc. Cela nous permet d’expliquer la
discordance entre la description de son admission au couvent, et les déclarations
de la mère Générale, Michèle Moraczewska ainsi
que d’autres cas similaires dans le Petit Journal.
Les résultats des révélations de soeur Faustine
aussi bien dans son âme que dans les âmes d’autres personnes ont dépassé
toute attente. Autant, au début, soeur Faustine s’effrayait
et craignait de ne pas être capable de réaliser les demandes et
s’en écartait, autant, progressivement, elle s’était apaisée et était
arrivée à un état d’une totale sûreté, d’une certitude et
d’une joie intérieure profondes: elle devenait de plus en plus humble
et obéissante et était de plus en plus unie à Dieu, patiente, acceptant
totalement Sa Volonté en tout.
Je pense qu’il n’est pas nécessaire de s’étendre
sur les résultats de ces révélations dans
les âmes humaines qui avaient eu connaissance de ces révélations car les
faits parlent mieux d’eux-mêmes. De nombreux ex-voto (environ 150),
près du tableau de Jésus Miséricordieux
à Vilnius et dans beaucoup d’autres villes sont une preuve assez
grande des grâces accordées
à ceux qui vénèrent la Miséricorde Divine aussi bien en
Pologne qu’à l’étranger. De toutes parts viennent des informations
sur les prières merveilleusement exaucées par la Miséricorde Divine,
parfois clairement sur les miracles.
Résumant ce qui est dessus on pourrait facilement
tirer une conclusion, mais la décision définitive dans cette affaire dépend
d’une institution infaillible au sein de l’Eglise.
C’est pourquoi, avec une totale soumission, nous nous lui soumettons et
attendons
la verdict avec sérénité.
/-/ L’abbé Michel Sopocko
Confesseur de soeur Faustine
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